Studio Herboriste › Ce qu'on a le droit d'écrire
La partie délicateParler des plantes sans rien promettre. C'est la question que tout le monde finit par poser, souvent à voix basse. Voici comment je m'y prends, et pourquoi le résultat se lit mieux que les textes prudents.
Quand un herboriste fait faire son site, il tombe presque toujours dans l'un des deux pièges.
Le premier, c'est la prudence. On a entendu dire qu'on n'avait pas le droit de parler des bienfaits, alors on n'écrit rien. Le site montre de belles photos, raconte une histoire de famille, et ne donne aucune raison concrète de venir. Il ne sert à rien.
Le second, c'est l'habitude du comptoir. On écrit ce qu'on dit aux clients depuis vingt ans, sans mesurer que l'écrit engage autrement et qu'il reste consultable par n'importe qui.
La bonne écriture n'est ni l'un ni l'autre. Elle demande juste de savoir sur quoi on déplace le propos.

Le principe tient en une phrase. Sa mise en œuvre, elle, occupe l'essentiel du temps que je passe sur votre site.
Son nom, sa famille, où elle pousse, quand on la cueille, quelle partie on utilise. C'est de la botanique, c'est vrai, et ça se lit très bien.
Comment on l'a employée, depuis quand, dans quelles régions. Raconter un usage ancien n'est pas promettre un résultat. La nuance est mince mais elle est réelle.
Le séchage, le tri, les proportions de vos mélanges, ce que vous refusez de faire. C'est ce qui vous distingue vraiment, et personne ne peut le copier.
Comment préparer l'infusion, combien de temps, à quel moment de la journée, comment conserver. Utile, concret, et parfaitement dicible.
Cueillette sauvage, culture, provenance, mode de production. Les gens qui achètent des plantes veulent savoir d'où elles viennent, et beaucoup de sites restent flous là-dessus.
« Passez me voir, on regardera ensemble ce qui vous conviendrait. » Le conseil personnalisé reste au comptoir, où il a sa place. Et ça fait venir du monde.

Prenons une tisane que vous préparez. Voici les deux façons de l'écrire.
Version qui expose : « Notre tisane apaise les troubles du sommeil et réduit l'anxiété. »
Version qui tient : « Un mélange de tilleul, de mélisse et de camomille, cueillis en juin sur les coteaux. La tisane du soir par tradition, celle qu'on prépare une heure avant de se coucher. Infusion dix minutes, à couvert. »
La seconde est plus longue. Elle est aussi plus précise, plus vivante, et elle donne bien plus envie. Elle se réfère mieux, parce qu'elle contient les mots que les gens tapent réellement : le nom des plantes, le moment, la préparation.
Aucune des deux ne promet quoi que ce soit au lecteur. Mais une seule des deux le fait rêver.
Envoyez-moi deux ou trois de vos fiches actuelles. Je vous dis ce qui va, ce qui me ferait tiquer, et comment je le réécrirais. C'est gratuit et ça n'engage à rien.