Ces cinq phrases, je les retrouve partout. Sur des sites faits par des agences sérieuses, sur des sites faits maison, sur des boutiques en ligne installées depuis des années.
Elles ont un point commun : leur auteur les a écrites de bonne foi, parce qu'il dit à peu près la même chose à son comptoir depuis vingt ans. Sauf qu'à l'écrit, sur un support public et consultable, elles ne pèsent pas le même poids.
Voici lesquelles, et par quoi les remplacer.
1. « Soulage les troubles du sommeil »
Ou n'importe quelle formule qui relie un produit à un trouble. C'est la plus fréquente, et la plus directe.
Le principe général du droit européen est simple : on ne peut pas attribuer à un produit alimentaire la propriété de prévenir, traiter ou guérir une maladie humaine. Un trouble du sommeil relève de ce registre.
À la place : parlez du moment plutôt que de l'effet. « La tisane du soir, celle qu'on prépare une heure avant de se coucher. » Le lecteur comprend parfaitement. Vous n'avez rien promis.
2. « Remède naturel contre… »
Le mot « remède » place d'emblée le produit dans le champ du médicament. Ajoutez-y « contre » suivi d'un mal, et vous avez cumulé les deux difficultés en trois mots.
« Naturel » n'atténue rien, contrairement à une idée répandue. Une plante peut être active, et c'est précisément pour ça que son usage est encadré.
À la place : « Une plante employée depuis longtemps dans les campagnes du Sud. » La tradition d'usage se raconte. Elle ne promet rien.
3. « Nos clients nous disent que ça les a guéris »
Passer par un témoignage ne vous protège pas. Ce que vous publiez sur votre site, vous le dites. Le détour par la parole d'un client est transparent pour n'importe quel lecteur, et pour n'importe quel contrôle.
C'est dommage, parce que les témoignages sont utiles et qu'ils rassurent vraiment.
À la place : gardez les témoignages qui parlent de vous. L'accueil, la qualité du conseil, la finesse d'un mélange, le fait d'avoir pris le temps d'expliquer. C'est ce qui donne envie de pousser la porte, bien plus qu'un résultat annoncé.
4. « Sans danger, convient à tous »
Celle-là surprend, parce qu'elle part d'une bonne intention : rassurer. Mais elle est fausse, et elle se retourne vite.
Beaucoup de plantes ont des contre-indications réelles. Grossesse, allaitement, traitements en cours, jeunes enfants. Écrire qu'un produit convient à tous, c'est prendre une responsabilité que personne n'a envie d'assumer.
À la place : mentionnez les précautions. « Déconseillé pendant la grossesse. » « Demandez l'avis de votre médecin en cas de traitement. » Ça ne fait pas fuir, au contraire : ça montre que vous savez de quoi vous parlez.
5. « Alternative aux médicaments »
La plus risquée des cinq, parce qu'elle peut conduire quelqu'un à interrompre un traitement. Et parce qu'elle place explicitement votre produit sur le terrain du médicament.
Même sous des formes atténuées — « une autre approche », « pour éviter les cachets » — le message reçu est le même.
À la place : assumez la complémentarité. « En accompagnement, et sans remplacer un avis médical. » Cette phrase ne vous coûte rien et vous met à l'abri.
Ce que ça change une fois réécrit
La crainte, quand on annonce ces règles, c'est de se retrouver avec un site vide. C'est le contraire qui se produit.
Un texte qui promet un effet est court et banal. Tous les sites du métier disent la même chose. Un texte qui raconte la plante, sa cueillette, sa tradition et votre façon de la préparer est long, précis, et ne ressemble à aucun autre.
Il se réfère aussi beaucoup mieux, parce qu'il contient les mots que les gens tapent vraiment : le nom des plantes, les saisons, les modes de préparation.
Comment vérifier votre site actuel
Prenez trois de vos fiches produits. Pour chaque phrase, posez-vous une seule question.
Est-ce que cette phrase promet quelque chose au lecteur, ou est-ce qu'elle décrit ?
Si elle promet, réécrivez-la en déplaçant le propos vers la plante, la tradition ou votre travail. Si elle décrit, gardez-la. En général, la moitié du texte y passe, et le résultat est meilleur.

